L’indice de Réparabilité

L’indice de Réparabilité

7 juillet 2018 Non Par Adrien Boilley

Le web spécialisé est en effervescence ! D’après une étude marketing Fnac-Darty : 75% de leurs clients se soucient de la longévité du matériel. Le LaboFnac propose donc d’Indexer le matériel vendu selon sa “réparabilité”  et différents critères comme la disponibilité des pièces détachées et l’ouverture au logiciels libres.

La secrétaire d’état à l’écologie a rebondie et a proposé un ambitieux projet de loi qui devrait entrer en vigueur courant 2020 et devrait généraliser cette procédure pour l’imposer à l’ensemble des constructeurs de matériel informatique et électroménager.

Tweet du secrétaire d’état à l’écologie.

Le vieux modèle consumériste

Les multinationales n’hésitent pas une seule seconde à rendre le matériel peu ou pas réparable, et ce, pour des raisons très diverses. Le plus souvent par négligence : puisque la plupart des entreprises se préoccupent d’avantage de leur impact marketing que de la fin de vie de leurs produits.

Apple cherche à maintenir ses clients dans un marché captif. Leur idéal étant de ne fournir que du matériel neuf, et, d’après eux, de recycler les vieux appareils. Mais ce que la firme ne précise pas : c’est que (et quand bien même ils parviendraient à recycler 100% des matériels) le recyclage et la fabrication des circuits et processeurs consomment beaucoup d’eau douce et d’électricité. Au final, comme le pointe du doigt Greenpeace : ce business modèle n’est pas si écologique.

Avec sa gamme “Surface laptop” : Microsoft veut battre des records de finesse et de légèreté. Mais quand les pièces du boitier sont collées : il est impossible de réparer sans prendre le risque d’abîmer le boitier, voir, d’arracher des composants. Chez Apple, les MacBookPro Retina ont un problème similaire. Ce qui est un peu étonnant dans une gamme sensée être “processionnelle”.

Et probablement chez d’autres constructeurs aussi. Hélas, ce ne sont pas les exemples qui manquent : Les batteries des iPhones clavier papillon MacBook, etc.

Les nouveaux enjeux écologiques

Aujourd’hui, tout le monde (ou presque) s’accorde autour de l’impact des activités (agraires, industrielles et domestiques) de l’espèce humaine sur son environnement naturel. Et l’une des préoccupations majeures étant le niveau de CO2 atmosphérique.

Il existe déjà une loi condamnant l’obsolescence programmée à 2 ans de prison et 300.000€ d’amande : articles L441-2 et L454-6 du code de la consommation.  Mais cette loi est difficile à faire appliquer : Il n’y pas encore eu de plaintes déposées. Les recours sont assez longs, surtout les recours collectifs. Il faut réunir assez d’éléments de preuve. Et certains problèmes sont assez ambigus pour ne pas tomber sous le coups de la loi, quand ce n’est pas le constructeur qui prend l’initiative de réparer ou remplacer pour éviter un procès.

Ainsi : en obligeant les constructeurs à estimer la répétabilité du matériel, le ministère de l’écologie espère pousser le consommateur à choisir un matériel pérenne, orientant indirectement les choix de l’industrie, et à terme : doubler la longévité moyenne des smartphones qui passeraient alors de 2 à 4 ans. Ce qui ferait économiser près de 37Kg de CO2 par an et par habitant.

Critique des limites du projet

Comme le relate le Figaro : la critique ne sait pas faite attendre. L’économiste Alexandre Delaigue soulève plusieurs points importants.

  • Une partie du renouvellement ne répond pas seulement à obsolescence du matériel, mais dépend de la sensibilité des consommateurs et de l’obsolescence psychologique : ils n’attendent pas toujours que le matériel soit hors service pour en changer. Le plaisir d’un matériel neuf, plus beau ou plus puissant que le précédent ou que celui du voisin.
  • La réparabilité elle même (le coût de la réparation, le temps nécessaire, la disponibilité des pièces) serait très difficile à prédire et juger correctement. Idem de l’usure.
  • Un indice de pollution serait plus facile à mesurer.

Conclusion

N’attendons rien de cette mesure dont l’efficacité risque d’être limitée. On peut cependant constater l’évolution des mentalités. Tant du côté du consommateur, qui commence à se soucier de la qualité des produits. Que des entreprises, à l’écoute des clients, et qui devront progressivement s’aligner sur des exigences de durabilité et de réparabilité.
Cette loi n’est qu’une petite étape d’un dessein plus grand visant à mettre un terme à cette société de consommation aveugle et ridicule, si souvent parodiée et dénoncée. Ou tout du moins, osons l’espérer.

Extrait de “Mon Oncle” de Jacques Tati,