Jensen Huang, le PDG de Nvidia, aurait été la cible d’une opération de renseignement chinoise, d’après des révélations publiées le 29 octobre 2026 aux États-Unis. Les services américains soupçonnent Alice Huang, dirigeante de la société singapourienne Megaspeed, d’agir pour le compte de Pékin et d’avoir noué une relation proche avec le patron du géant des puces. Nvidia affirme que seules des informations commerciales ordinaires ont été partagées.
Jensen Huang visé par un espionnage chinois : de quoi parle-t-on ?
Selon des informations de presse américaines s’appuyant sur des personnes au fait du dossier, les agences de renseignement des États-Unis ont placé sous surveillance électronique une femme d’affaires de nationalité chinoise, Alice Huang, aussi connue sous le nom de Huang Le. Elles la considèrent comme un agent transmettant des informations à Pékin, sans que la nature exacte de ces informations ait été rendue publique.
Cette surveillance aurait mis au jour des échanges avec un citoyen américain, identifié ensuite comme Jensen Huang. Malgré l’homonymie, les deux personnes n’ont aucun lien de parenté. Les responsables du renseignement estimaient que le dirigeant de Nvidia ignorait que son interlocutrice cherchait à recueillir des informations pour la Chine.
Qui est Alice Huang et qu’est-ce que Megaspeed ?
Megaspeed est un exploitant de centres de données basé à Singapour, dont le directeur pour Singapour, présenté comme son propriétaire apparent, réside en Chine. Alice Huang se présentait comme sa directrice générale. Elle a figuré comme dirigeante dans les documents officiels de l’entreprise pendant ses huit premiers mois d’existence, avant que son nom n’en soit retiré, après l’ouverture d’une enquête par le département du Commerce américain.
Plusieurs éléments dessinent la chronologie de l’affaire :
- en juin 2024, Alice Huang est photographiée assise à côté de Jensen Huang et d’autres dirigeants du secteur de l’intelligence artificielle lors d’une soirée à Taipei ;
- environ un an plus tard, elle organise l’achat par Megaspeed de processeurs graphiques (GPU) Nvidia pour près de 2 milliards de dollars ;
- une société sœur de Megaspeed implantée en Malaisie aurait acquis au moins 4,8 milliards de dollars d’équipements à base de puces Nvidia en moins de deux ans, un volume inhabituel pour une entreprise aussi peu connue ;
- au début de l’année 2026, le département de la Justice reprend l’enquête ouverte par le département du Commerce.
Pourquoi les puces Nvidia de Megaspeed posent question ?
Les soupçons portent sur un possible détournement des restrictions d’exportation américaines. Depuis 2022, Washington limite la vente à la Chine des GPU les plus avancés, ces puces qui servent à entraîner et faire fonctionner les modèles d’intelligence artificielle. Faire transiter ces composants par des pays tiers est l’un des moyens soupçonnés de contourner ces règles.
D’après les éléments révélés, les puces achetées par Megaspeed étaient destinées à des centres de données en Malaisie et en Indonésie qui semblent servir des clients chinois. Lors d’une visite d’un site de Megaspeed en Malaisie, un responsable du département du Commerce aurait constaté que des GPU se trouvaient encore dans leurs cartons au lieu d’être installés dans des baies de serveurs, ce qui a éveillé les soupçons d’une réexpédition.
Comment Nvidia a-t-il réagi ?
Nvidia conteste la présentation des faits. L’entreprise rappelle que rencontrer des clients fait partie du rôle d’un PDG, et que ces échanges relèvent de la relation commerciale normale avec les opérateurs de centres de données.
Le groupe ajoute que ses clients cloud régionaux ne reçoivent que des informations commerciales courantes, et non des secrets industriels. Il affirme également que les accusations de détournement visant ce fournisseur de cloud ont fait l’objet d’une enquête approfondie l’an dernier et ont été jugées infondées.
Que savait la Maison Blanche ?
Le président Donald Trump aurait été informé du dossier par les services de renseignement environ un an avant ces révélations, sans donner suite. Jensen Huang n’aurait jamais reçu de « briefing défensif », la mise en garde que les autorités américaines adressent habituellement aux citoyens ciblés par un service étranger.
Les raisons de cette absence d’avertissement restent floues. Les responsables ont pu craindre d’alerter Alice Huang, toujours sous surveillance selon les informations disponibles. L’administration Trump s’est par ailleurs montrée attentive à tout ce qui pourrait perturber les ventes de puces de Nvidia ou compliquer les relations commerciales avec la Chine.
Quelles suites pour Nvidia et l’enquête ?
L’affaire intervient alors que Nvidia est devenue l’entreprise centrale de l’essor de l’intelligence artificielle et que ses ventes vers la Chine font l’objet d’une surveillance politique constante à Washington. L’enquête du département de la Justice sur Megaspeed se poursuit, et aucune poursuite n’a été annoncée à ce stade contre la société ou contre Alice Huang.