Après Binance, frappée fin octobre par un piratage record, c’est au tour d’une autre grande plateforme d’échange de cryptomonnaies de se retrouver dans la tourmente. Dans une décision MEXC FinCEN rendue le 6 novembre 2026, le Financial Crimes Enforcement Network, la cellule de renseignement financier du Trésor américain, a désigné MEXC Global comme « préoccupation majeure en matière de blanchiment » et s’apprête à lui interdire tout échange de fonds avec les institutions financières des États-Unis. Le Trésor lui reproche d’avoir fait transiter plus de 16 milliards de dollars de flux illicites en cinq ans.

Ce que prévoit la décision MEXC FinCEN

Concrètement, les banques et établissements financiers américains n’auront plus le droit d’envoyer ou de recevoir des fonds pour le compte de MEXC, transferts de crypto-actifs compris. La mesure entrera en vigueur 30 jours après sa publication au Federal Register, le journal officiel fédéral, dont la date n’était pas encore fixée au moment de l’annonce.

La base juridique mérite d’être précisée. Le Trésor ne s’appuie pas sur la célèbre section 311 du Patriot Act, mais sur la section 9714 du Combating Russian Money Laundering Act, un texte qui vise spécifiquement les institutions liées à la finance illicite russe. C’est donc le volet russe du dossier qui fonde juridiquement la sanction, même si l’Iran occupe une large place dans les reproches adressés à la plateforme.

Il ne s’agit pas pour autant d’une inscription sur la liste des sanctions de l’OFAC : la décision MEXC FinCEN ne gèle aucun avoir et ne rend pas illégal le fait de détenir un compte sur la plateforme.

Plus de 16 milliards de dollars de flux en cause

Selon les constats de FinCEN, MEXC aurait traité au moins 16 milliards de dollars de transactions liées à des activités illicites entre mai 2021 et mai 2026, l’ordre évoquant au total près de 16,7 milliards de dollars d’activités signalées, certaines catégories se recoupant. Le Trésor qualifie les contrôles de conformité de la plateforme de gravement défaillants.

Plus de 16 milliards de dollars de flux illicites en cinq ans, dont environ 1,5 milliard lié au contournement des sanctions contre la Russie et plus d’un milliard envoyé directement vers des plateformes iraniennes.

Le détail des reproches dessine une cartographie des principaux régimes visés par Washington :

  • environ 1,5 milliard de dollars liés au contournement des sanctions russes, dont quelque 129 millions de dollars échangés avec Garantex, plateforme russe sanctionnée en 2022, et environ 4,1 millions avec son successeur Grinex, des relations poursuivies jusqu’en juin 2026 ;
  • plus d’un milliard de dollars transférés directement vers une quarantaine de plateformes iraniennes, dont environ 22 millions au profit de la banque centrale d’Iran ou des Gardiens de la révolution ;
  • des flux liés à la cybercriminalité, dont des réseaux nord-coréens.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a résumé la position américaine en expliquant qu’une institution ne peut pas à la fois servir le régime iranien et conserver son accès au système financier des États-Unis. L’opération s’inscrit d’ailleurs dans la campagne « Economic Outcast » lancée en août contre les financements iraniens.

Une cible d’une autre dimension

La disposition utilisée n’est pas nouvelle, mais elle n’avait visé jusqu’ici que des acteurs modestes : Bitzlato en 2023, puis PM2BTC en 2024. MEXC change l’échelle. Basée aux Seychelles et présente dans plus de 170 pays, la plateforme figurait en septembre parmi les vingt premiers acteurs mondiaux, avec plus d’un milliard de dollars d’échanges quotidiens et environ 5 milliards de dollars de réserves.

La réaction a été rapide. Le patron de MEXC, Vugar Usi, a assuré le samedi 7 novembre que la plateforme fonctionnait normalement, que les actifs des clients restaient en sécurité et que l’ordre ne concernait que les relations avec les institutions financières américaines. L’entreprise a lancé une revue indépendante de ses contrôles anti-blanchiment et de respect des sanctions, et dit vouloir dialoguer avec les autorités. Le mois dernier, elle avait déjà annoncé cesser de servir les utilisateurs situés en Russie et en Biélorussie.

Quelles conséquences pour les utilisateurs en France ?

L’ordre ne lie que les établissements américains : aucune mesure ne touche directement les comptes ouverts depuis l’Europe, et aucun régulateur européen n’a annoncé de décision comparable à ce stade. Les retraits restaient possibles au lendemain de l’annonce. Les effets indirects sont en revanche plus difficiles à mesurer, car les émetteurs de stablecoins et les partenaires de paiement adossés au système bancaire américain devront revoir leurs relations avec la plateforme.

Le contexte réglementaire européen joue aussi. Depuis le 1er juillet 2026, seuls les prestataires agréés au titre du règlement MiCA, le cadre européen des marchés de crypto-actifs, peuvent servir légalement des clients en France, une règle qui conduit déjà à la fermeture des comptes français de Binance au 31 décembre. Cette dernière doit elle-même composer avec les suites du piratage de 6,3 milliards de dollars attribué par le FBI à des pirates nord-coréens.

Pour MEXC, le compte à rebours a commencé : l’interdiction prendra effet 30 jours après la parution de l’ordre au Federal Register, ce qui place l’échéance au plus tôt début décembre 2026.