La cyberattaque supermarchés qui avait frappé la France le 12 octobre 2026 a franchi les frontières : dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 novembre 2026, les systèmes de froid d’une soixantaine de magasins en Belgique et d’une quinzaine en Suède ont été modifiés à distance. Delhaize, Carrefour, Spar, ICA et Coop ont dû retirer des produits frais et surgelés, sans revendication à ce stade.
Une soixantaine de magasins touchés en Belgique
Les premières alertes sont remontées vers 4h00 du matin, lorsque les responsables de magasins Delhaize ont été prévenus d’une hausse anormale des températures dans leurs meubles réfrigérés. Le distributeur belge recense des anomalies dans une quarantaine de points de vente, pour l’essentiel des formats de proximité : magasins Shop & Go installés dans les stations Q8, supérettes Proxy Delhaize et boutiques d’autoroute.
Carrefour Belgique a confirmé des incidents dans une quinzaine de ses plus de 700 magasins, aucun hypermarché ne figurant dans la liste. Colruyt, qui approvisionne le réseau Spar, signale de son côté cinq supermarchés exploités par des indépendants, tandis que des boucheries de la région d’Anvers ont également été concernées. Des anomalies ont aussi été relevées au Luxembourg la même nuit.
Dans plusieurs magasins belges, les vitrines réfrigérées sont montées autour de 15 °C, alors que les surgelés doivent rester à -18 °C ou en dessous. Certains gérants ont transféré la marchandise dans des camions frigorifiques, d’autres ont dû la jeter avant de rouvrir lundi matin. Delhaize a depuis déconnecté ses installations de froid d’internet, et ses magasins restent ouverts.
En Suède, des congélateurs réglés à 50 °C
Le scénario s’est répété plus au nord, avec une variante plus brutale. Huit magasins de l’enseigne ICA et six à sept magasins Coop, selon les décomptes, ont découvert des congélateurs dont la consigne avait été poussée jusqu’à 50 °C, ce qui a imposé la destruction des surgelés et des glaces. Les magasins ICA concernés se trouvent notamment à Sjöbo, Tomelilla, Stockholm et Karlstad, ceux de Coop dans le centre du pays et à Sundsvall.
ICA Sverige évoque un nombre limité de points de vente, dont certains ont suspendu temporairement leur activité. Aucun bilan financier commun n’a été publié, mais les premières estimations portent les pertes à plusieurs millions d’euros entre la Belgique et la Suède, en comptant les denrées perdues, le nettoyage, les vérifications techniques et les fermetures.
Environ 75 magasins en Belgique et en Suède ont vu leur chaîne du froid sabotée en une seule nuit, trois semaines après plusieurs centaines de supermarchés en France.
Les mêmes contrôleurs connectés dans le viseur
Le mécanisme ressemble fortement à celui observé en France. Les pirates ne s’en prennent pas aux caisses ni aux données des clients, mais aux régulateurs qui pilotent les installations de froid : des automates reliés à internet qui servent aux techniciens à surveiller les températures et à modifier les réglages à distance. Un spécialiste belge de la réfrigération, qui suit une vingtaine d’installations touchées, indique que les consignes ont été changées à distance et que le mode dégivrage des évaporateurs a manifestement été déclenché de la même manière.
Le Centre pour la cybersécurité Belgique (CCB) a publié une alerte visant les contrôleurs Danfoss des séries AK-SC et AK-SM, ainsi que les interfaces web Dixell xweb et Copeland xweb. Ce sont les mêmes familles d’équipements que le CERT-FR, le centre gouvernemental français de réponse aux incidents, avait désignées après l’attaque d’octobre. Les consignes se recoupent : installer le dernier micrologiciel, remplacer tous les mots de passe par défaut, passer les appareils Danfoss au niveau de sécurité Strict, supprimer les adresses IP publiques et n’autoriser l’accès qu’à travers un VPN ou un réseau interne protégé.
Aucune donnée bancaire ou personnelle des clients n’apparaît compromise à ce stade. Pour les consommateurs, la conséquence se limite à des ruptures ponctuelles de produits frais et surgelés dans les magasins concernés, les denrées exposées ayant été retirées des rayons.
Cyberattaque supermarchés : le lien avec l’attaque française du 12 octobre
En France, l’attaque menée dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026 avait touché plusieurs centaines de supermarchés, dont des magasins Intermarché et Système U, avec des pertes évaluées en dizaines de millions d’euros. Le parquet de Paris avait ouvert une enquête, et Danfoss avait reconnu les incidents en indiquant travailler avec ses clients. Ce précédent explique la rapidité de la réaction belge : la déconnexion des automates, appliquée dès lundi par Delhaize, figurait déjà parmi les mesures demandées par les autorités françaises.
Pour cette nouvelle cyberattaque supermarchés, aucun groupe n’a revendiqué l’opération et aucune attribution officielle n’a été faite. Les enquêteurs belges, suédois et français doivent encore établir s’il s’agit d’une même campagne, d’attaques distinctes ou de l’exploitation d’une faiblesse commune à ces équipements très répandus. Depuis le 11 septembre 2026, le Cyber Resilience Act européen impose aux fabricants de signaler rapidement les vulnérabilités activement exploitées.
Les vagues de piratage récentes, de la fuite de données d’Auto-Planning à l’intrusion chez Chainalysis, visaient surtout des informations. Ici, la cible est physique : la chaîne du froid. Le recensement des contrôleurs de ce type encore accessibles depuis internet en Europe est en cours, tout comme le rapprochement éventuel des trois enquêtes nationales.