Proton, l’entreprise suisse connue pour sa messagerie chiffrée Proton Mail, traverse une crise interne autour de l’IA. Le 30 octobre 2026, son PDG Andy Yen a annulé les entretiens qui devaient évaluer l’usage de l’intelligence artificielle par chaque salarié et reconnu une erreur de communication. Pour les utilisateurs, la question porte surtout sur la place de la sécurité dans une entreprise qui confie désormais une grande partie de son code à l’IA.

Que s’est-il passé chez Proton ?

Proton a annoncé à ses employés, la semaine du 26 octobre 2026, qu’ils seraient de nouveau reçus en entretien pour expliquer comment ils utilisent l’IA dans leur travail. Le courriel interne précisait que ces échanges pourraient avoir des conséquences sur les rôles, les responsabilités et le maintien dans l’emploi. Le 29 octobre, une enquête fondée sur les témoignages de huit salariés et d’un ancien employé, sur des messages Slack et sur des enregistrements de réunions a rendu l’affaire publique.

Cette enquête rapporte aussi un échange de fin août 2026. Un salarié de l’équipe sécurité demandait quelques jours de tests d’intrusion avant une mise en production. Andy Yen lui a répondu, en substance, que cette prudence relevait d’un état d’esprit de perdant et qu’il fallait chercher à aller plus vite.

Pourquoi l’IA est-elle au cœur de la polémique ?

La direction de Proton a fait de l’IA une priorité absolue. En septembre 2026, le directeur technique Bart Butler a diffusé en interne un manifeste expliquant que le métier des ingénieurs consiste désormais à aider les grands modèles de langage (les IA qui génèrent du texte et du code, comme Claude ou ChatGPT) à écrire le code. Le document présentait le refus de cette évolution comme une menace pour la mission même de l’entreprise.

Les chiffres évoqués en interne montrent l’ampleur du virage. Lors d’une réunion, Bart Butler a indiqué qu’environ 90% du code écrit chez Proton en octobre 2026 avait été généré par l’IA. L’entreprise a aussi installé un logiciel qui mesure la quantité de code produite par IA, et Andy Yen a affirmé que 2026 serait la dernière année où Proton recruterait des ingénieurs au sens classique.

Qu’a annoncé Andy Yen le 30 octobre ?

Le PDG a annulé les entretiens lors d’une réunion générale d’environ deux heures. Il a reconnu un défaut de communication de sa part et indiqué que le conseil d’administration suivait la situation de près. Bart Butler a lui aussi admis une erreur de la direction.

Le cap reste pourtant le même. Andy Yen a fait savoir qu’il continuerait à pousser l’adoption de l’IA, tout en affirmant qu’elle ne provoquerait pas de suppressions de postes. Selon des salariés, les indicateurs d’usage de l’IA seront intégrés aux évaluations annuelles de performance.

  • Annulé : les entretiens individuels sur l’usage de l’IA.
  • Maintenu : la stratégie d’adoption massive de l’IA.
  • Prévu : une réorganisation des équipes en novembre 2026.

Les données des utilisateurs de Proton Mail sont-elles en danger ?

Non, aucune fuite ni exposition de données n’a été signalée. L’affaire concerne l’organisation interne et les méthodes de développement, pas une faille de sécurité. Le chiffrement de bout en bout (un système où seuls l’expéditeur et le destinataire peuvent lire un message, comme une lettre dont eux seuls auraient la clé) reste en place.

Des salariés s’inquiètent en revanche de la façon dont le code écrit par l’IA est relu avant d’être publié. Le manifeste interne envisageait de confier la relecture de la majorité du code à l’IA plutôt qu’à des humains. Les risques liés aux outils de développement par IA ne sont pas théoriques, comme l’a montré récemment l’extension Claude Code piégée sur la plateforme de Cursor.

Comment réagissent les utilisateurs ?

La réaction a été vive sur les réseaux sociaux dans les 24 heures qui ont suivi. De nombreux abonnés ont critiqué la direction, certains ont appelé Andy Yen à démissionner et d’autres ont annoncé la résiliation de leur abonnement payant. Proton n’a pas contesté le contenu de l’enquête : un porte-parole a reconnu que certains employés étaient mécontents ou inquiets et que la direction avait expliqué sa stratégie de façon trop abrupte.

Proton, lancé en 2014 avec Proton Mail, propose aujourd’hui une suite complète (VPN, stockage, gestionnaire de mots de passe, assistant IA Lumo) présentée comme une alternative aux services de Google respectueuse de la vie privée. L’entreprise appartient à la Proton Foundation, dont le conseil compte notamment Andy Yen et Tim Berners-Lee. La réorganisation annoncée en interne doit intervenir en novembre 2026.