Longtemps associée à l’Irlande, la stratégie fiscale d’Apple a changé de centre de gravité. D’après une analyse de son rapport annuel publiée le 8 novembre 2026, les impôts Apple ont été allégés d’environ 2,7 milliards de dollars grâce à Singapour sur l’exercice clos le 26 septembre 2026, contre environ 2,6 milliards de dollars grâce à l’Irlande. La cité-État aurait accueilli jusqu’à 50 milliards de dollars de bénéfices du groupe sur l’année.

Un rapport annuel plus bavard que d’habitude

Ces chiffres sortent du formulaire 10-K, le rapport annuel qu’Apple a déposé le 3 novembre 2026 auprès de la SEC, le gendarme boursier américain. Pour la première fois, le groupe y applique une nouvelle norme comptable américaine (ASU 2023-09) qui oblige les entreprises à détailler, juridiction par juridiction, les principaux écarts entre le taux d’imposition théorique et l’impôt réellement comptabilisé, ainsi que les impôts payés en numéraire dans chaque pays.

Jusqu’ici, Apple regroupait l’effet de ses filiales étrangères sur une seule ligne. Le lecteur savait que l’Irlande et Singapour comptaient parmi les pays où le groupe a implanté des filiales importantes, sans pouvoir mesurer le poids de chacun.

Ce que révèlent les chiffres de Singapour et de l’Irlande

Le calcul se fait par rapport au taux fédéral américain de 21%. À Singapour, l’écart de taux, incitations fiscales comprises, a réduit la facture d’environ 5,49 milliards de dollars. Ce gain est en partie absorbé par un impôt complémentaire de 2,51 milliards de dollars et par 311 millions de dollars d’autres éléments, ce qui laisse une économie nette d’environ 2,67 milliards de dollars.

En Irlande, l’avantage de taux atteint 3,46 milliards de dollars, diminué de 897 millions de dollars d’autres éléments, soit une économie nette d’environ 2,57 milliards de dollars. L’écart entre les deux pays reste donc modeste, mais l’ordre s’est inversé.

Exercice 2026SingapourIrlande
Avantage lié au taux local5,49 Md$3,46 Md$
Impôt complémentaire et autres éléments-2,82 Md$-0,90 Md$
Économie nette estimée2,67 Md$2,57 Md$
Impôt payé en numéraire3,25 Md$4,96 Md$

Le montant de 50 milliards de dollars de bénéfices logés à Singapour reste une estimation déduite de ces données : Apple ne publie pas ses profits pays par pays dans son rapport annuel.

L’impôt minimum mondial réduit l’écart sans l’effacer

L’impôt complémentaire de 2,51 milliards de dollars correspond à la version singapourienne de l’impôt minimum mondial de 15%, négocié sous l’égide de l’OCDE. Ce mécanisme vise les groupes dont le chiffre d’affaires dépasse 750 millions d’euros et s’applique à Singapour aux exercices ouverts à partir de 2025. Le principe est simple : lorsqu’une filiale est imposée sous ce seuil, un complément est prélevé pour remonter le taux effectif à 15%.

Même après un impôt complémentaire de 2,51 milliards de dollars, Singapour reste le premier levier d’économie fiscale d’Apple hors des États-Unis sur l’exercice 2026.

Ce dispositif concerne aussi la France, qui l’a transposé dans sa loi de finances pour 2024, comme l’ensemble des pays de l’Union européenne. Il réduit l’intérêt des territoires à fiscalité très basse, sans supprimer l’écart avec un taux de 21% comme celui des États-Unis.

Les impôts Apple en légère hausse à l’échelle du groupe

Sur l’ensemble de ses activités, la pression fiscale du groupe a un peu augmenté. Apple a enregistré une charge d’impôt de 27,06 milliards de dollars pour un résultat avant impôt de 159,24 milliards de dollars, soit un taux effectif de 17% contre 15,6% un an plus tôt. Le groupe attribue cette hausse principalement à un taux plus élevé sur ses bénéfices réalisés à l’étranger et à de nouvelles règles du Trésor américain sur les pertes de change.

À titre de comparaison, le taux de l’exercice 2024 avait grimpé à 24,1%. Apple avait alors passé une charge exceptionnelle de 10,2 milliards de dollars après la décision de la Cour de justice de l’Union européenne qui l’obligeait à rembourser à l’Irlande 13 milliards d’euros d’avantages fiscaux. Depuis, la directive européenne sur la publication des informations fiscales pays par pays impose une transparence accrue : en août 2026, Apple a ainsi publié un premier détail de son activité irlandaise, qui représentait environ 40% de ses impôts payés dans le monde l’an dernier.

Ces données fiscales accompagnent un exercice record, avec 478,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 132,2 milliards de dollars de bénéfice net, détaillés lors de la publication des résultats d’Apple pour le quatrième trimestre. Ils arrivent alors que le groupe a retrouvé fin octobre sa place d’entreprise la plus valorisée au monde devant Nvidia. Le prochain rendez-vous financier d’Apple est la publication de ses résultats du premier trimestre de l’exercice 2027, qui couvre la période des fêtes, attendue fin janvier 2027.