Environ 24 sociétés chinoises autorisées, des dizaines de milliers de puces chacune, et au moins deux adresses désertes. Le dossier Nvidia H200 Chine se complique : une enquête publiée le 7 novembre 2026 aux États-Unis révèle que plusieurs entreprises agréées par le département du Commerce pour acheter ou manipuler l’accélérateur d’IA H200 de Nvidia ont des bureaux vides ou des liens avec des groupes placés sur la liste noire américaine.

Qui a obtenu le feu vert pour la H200 ?

Environ deux douzaines de sociétés chinoises. La liste compte des poids lourds connus : Alibaba, Tencent, ByteDance, Baidu, BYD ou encore la filiale shanghaïenne de Tesla. Chaque licence ouvre la porte à des dizaines de milliers de puces.

Le cadre remonte à décembre 2025. L’administration Trump avait alors levé l’interdiction de vente de la H200, la puce d’IA de génération Hopper, à des clients chinois approuvés. Un virage net après trois ans de restrictions sur les accélérateurs d’IA destinés à la Chine, en place depuis 2022.

Quelles entreprises posent problème ?

Deux noms reviennent avec insistance : New Matrix et Maginfra. Deux sociétés récentes. Deux adresses vides.

EntrepriseCe qui a été constatéLien présumé
New MatrixCréée 17 mois avant l’enquête, siège déclaré vide dans un parc d’activités près de Pékin, inconnue du gestionnaire de l’immeublePropriétaires liés au fonds Wise Road Capital, inscrit sur la liste noire commerciale américaine en 2024
MaginfraBureau déclaré apparemment désertInspur, géant chinois des serveurs inscrit sur la liste d’entités américaine pour ses liens avec l’armée
Shanghai JiatangIssue de Datang TelecomGroupe d’État fournisseur de technologies pour l’armée chinoise

La liste d’entités (Entity List) est le registre du département du Commerce qui interdit aux entreprises américaines de vendre leurs technologies, sauf licence spéciale, aux sociétés jugées dangereuses pour la sécurité nationale. Wise Road y figure pour avoir aidé Pékin à racheter des entreprises de semi-conducteurs sensibles.

L’enquête n’établit aucun détournement de puces vers l’armée chinoise. Elle pointe en revanche des failles dans la vérification des acheteurs, au moment où Washington cherche à empêcher que ses technologies d’IA alimentent des programmes militaires.

Des puces H200 ont-elles déjà été livrées en Chine ?

Très peu, voire aucune selon plusieurs informations parues depuis le printemps. En mai 2026, aucune H200 n’avait encore franchi la frontière malgré les licences. Pékin avait demandé à ses géants de la tech de suspendre leurs commandes.

Nvidia met en avant cet argument. Le groupe rappelle que la Chine restreint elle-même les importations de H200 pour favoriser ses fabricants nationaux et juge peu crédible que l’armée chinoise dépende de technologies américaines. Le département du Commerce assure de son côté examiner chaque demande de licence avec attention.

Pourquoi le dossier Nvidia H200 Chine tombe mal

Le timing est délicat pour Jensen Huang. Le patron de Nvidia est déjà au centre des révélations sur l’espionnage chinois qui l’aurait ciblé via une dirigeante de Megaspeed, opérateur de data centers en Asie du Sud-Est soupçonné de contrebande de puces.

Le contournement passe aussi par l’étranger : de plus en plus d’entreprises chinoises louent de la puissance de calcul dans des data centers installés en Asie du Sud-Est, hors de portée directe des licences américaines. Un phénomène qui pèse sur les grands contrats d’infrastructure, comme l’a montré l’annulation du contrat de 7 milliards de dollars entre Oracle et Tencent.

Quelle suite au Congrès ?

La pression politique monte. Dès décembre 2025, un groupe bipartisan de sénateurs avait déposé un texte visant à geler pendant deux ans et demi tout assouplissement des exportations de puces d’IA vers la Chine. La proposition n’a pas été adoptée à ce jour.