La course aux infrastructures d’intelligence artificielle rattrape Google en Europe du Nord : son projet de data center en Finlande fait désormais l’objet d’une enquête pénale. La police d’Oulu soupçonne Tuike Finland Oy, la filiale locale du groupe, d’avoir porté atteinte à l’environnement en défrichant et en drainant environ 330 hectares de forêt à Muhos avant la fin de l’étude d’impact obligatoire, une procédure appelée à durer jusqu’en 2027.

L’affaire concerne un programme d’investissement chiffré à 13 milliards d’euros. Le groupe n’est pas un nouveau venu dans le pays : il exploite depuis 2011 un centre de données à Hamina, installé dans une ancienne papeterie sur le golfe de Finlande. Les deux nouveaux sites, à Muhos et à Kajaani-Otanmäki, devaient étendre cette présence pour absorber la demande en calcul liée à l’IA.

Ce que la police reproche à la filiale de Google

L’enquête préliminaire, révélée le 29 octobre 2026, est ouverte pour atteinte présumée à l’environnement. Elle fait suite à une demande de l’agence finlandaise de régulation et de supervision (LVV), à laquelle se sont ajoutées cinq plaintes visant le chantier de Muhos. Selon les premiers éléments communiqués par les enquêteurs, la gestion des eaux et le drainage du terrain présentent des irrégularités et des insuffisances, ce qui pose la question des effets sur les zones humides et les cours d’eau voisins.

D’autres qualifications pourraient s’ajouter au fil des investigations, la police n’excluant pas d’examiner d’éventuels manquements à la loi sur l’eau. Les enquêteurs ont prévenu que la procédure serait longue : un premier point est prévu en décembre, pour une clôture visée dans le courant de 2027.

Environ 330 hectares défrichés et drainés à Muhos, près de 200 hectares à Kajaani-Otanmäki, et quelque 400 000 arbres abattus selon les estimations des opposants au projet.

Data center de Google en Finlande : des chantiers gelés depuis la mi-octobre

Le volet pénal prolonge une première sanction administrative. Début octobre, la LVV a ordonné la suspension des travaux préparatoires sur les deux sites, faute d’évaluation des incidences environnementales achevée. L’injonction vise l’abattage, les terrassements et la construction de routes ; seuls les relevés, les études de sol et la planification restent autorisés. Tuike Finland a confirmé le 14 octobre 2026 l’arrêt des chantiers.

L’agence a par ailleurs jugé insuffisants les plans de gestion des eaux remis par l’entreprise et lui a fixé une échéance au 5 novembre 2026 pour produire un plan détaillé. Faute de réponse satisfaisante, elle peut assortir ses exigences d’une astreinte financière. Seul le site de Muhos est pour l’instant concerné par l’enquête de police, celui de Kajaani-Otanmäki relevant uniquement de la procédure administrative.

La défense de Google : une lecture de la loi « de bonne foi »

Antti Järvinen, directeur de Google en Finlande, a présenté ses excuses pour ces défrichements, tout en expliquant que l’entreprise avait agi selon la compréhension qu’elle avait alors de la législation. Le groupe affirme avoir respecté la loi forestière et mené des inventaires naturalistes, reconnaît ne pas avoir été à la hauteur de ses propres standards et assure qu’il coopérera avec les autorités.

Le désaccord porte donc sur le cadre applicable. Google s’appuie sur la loi forestière, qui encadre les coupes de bois, quand les autorités estiment que ces travaux faisaient déjà partie d’un projet industriel soumis à une étude d’impact préalable.

Un signal pour les projets d’IA en Europe

À titre de comparaison, les géants américains multiplient les annonces de centres de données sur le continent, attirés par une électricité décarbonée et un climat froid qui réduit les besoins de refroidissement. La Finlande et les pays nordiques cochent ces deux cases, ce qui explique leur attractivité. Ces chantiers s’inscrivent dans une vague de dépenses colossales, visible dans les derniers résultats d’Amazon et de sa branche AWS, et poussent Google à explorer des pistes plus inattendues, comme les puces d’IA placées en orbite avec Project Suncatcher.

Le dossier du Google data center Finlande rappelle que l’emprise foncière et la gestion de l’eau deviennent des points de contrôle aussi sensibles que la consommation électrique. Pour la filiale du groupe, la prochaine échéance tombe le 5 novembre 2026, date limite de remise du plan de gestion des eaux exigé par la LVV, avant le point d’étape de la police d’Oulu en décembre.