Un adolescent de 17 ans, connu en ligne sous le pseudonyme NormalLeVrai, affirme avoir participé au piratage ANTS du printemps 2026 et à l’attaque contre SFR de l’été, deux fuites qui ont exposé les données de plus de 13 millions de personnes en France. Il s’est présenté de lui-même à la gendarmerie quelques jours avant la diffusion de son témoignage, le 3 novembre 2026. Pour les victimes, cela ne change rien aux données déjà en circulation : le risque d’arnaques ciblées reste le même.
Qui est le pirate qui se dénonce ?
Il s’agit d’un jeune de 17 ans qui vit dans le sud de la France. Il a arrêté l’école en classe de troisième et travaille comme apprenti dans le bâtiment. Il dit avoir appris l’informatique seul, grâce à des ressources trouvées sur Internet.
Après l’arrestation de l’un de ses complices, il a tout avoué à son père. Quelques jours plus tard, il s’est rendu à la gendarmerie pour se dénoncer. Il a été placé en garde à vue, son domicile a été perquisitionné et les enquêteurs ont saisi son matériel, dont des clés USB et des disques durs externes.
Qu’est-ce qu’il revendique exactement ?
Il affirme avoir pris part à plusieurs cyberattaques menées en 2026, dont deux de grande ampleur. La première vise France Titres, l’ancienne Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), l’organisme public qui gère les demandes de carte d’identité, de passeport et de permis de conduire. La seconde touche l’opérateur SFR.
Il dit avoir revendu les données volées sur le dark web, la partie d’Internet accessible uniquement avec des logiciels spécifiques et prisée des trafiquants. Il assure en avoir tiré jusqu’à 150 000 euros en cryptomonnaies, avec des pics à 7 000 euros en une seule journée. Ces déclarations n’ont pas été confirmées par la justice, et il est fréquent que des pirates s’attribuent des fuites auxquelles ils n’ont pas participé.
Que s’est-il passé lors du piratage ANTS ?
Le piratage ANTS a été découvert à la mi-avril 2026, quand une base de données a été mise en vente sur un forum criminel. Le ministère de l’Intérieur a confirmé la compromission de 11,7 millions de comptes du site moncompte.ants.gouv.fr. Le parquet de Paris a ouvert une enquête le 16 avril.
La faille utilisée était de type IDOR. Concrètement, il suffisait de modifier un numéro d’identifiant dans une requête envoyée au site pour afficher le compte d’une autre personne, un peu comme si changer le numéro sur une boîte aux lettres permettait d’ouvrir celle du voisin. Le pirate a automatisé l’opération pour aspirer des millions de fiches.
- Données exposées : nom, prénom, civilité, adresse e-mail, date de naissance, identifiant de connexion et, selon les cas, adresse postale, lieu de naissance et numéro de téléphone.
- Données épargnées selon le ministère : mots de passe, pièces jointes et données biométriques.
- Premier suspect : un adolescent de 15 ans, alias breach3d, interpellé le 25 avril 2026 puis mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.
Et la fuite de données chez SFR ?
SFR a détecté le 2 juillet 2026 un accès non autorisé à un outil interne de gestion des raccordements à la fibre. L’opérateur n’a prévenu ses abonnés que le 20 août. Plus de 2 millions de clients fibre de SFR et de RED by SFR sont concernés.
Les informations volées comprennent la civilité, le nom, le prénom, l’adresse, le numéro de téléphone mobile, l’identifiant de contrat et des données techniques sur la ligne. Selon SFR, aucun mot de passe ni aucune coordonnée bancaire n’a été dérobé. L’attaque avait été revendiquée à l’époque par un groupe se présentant sous le nom de ZeroBytes.
Quelle peine risque-t-il ?
Pour un majeur, l’accès frauduleux et l’extraction de données dans un système de traitement automatisé de l’État sont punis de 7 ans de prison et 300 000 euros d’amende. Comme il est mineur, ces peines sont en principe divisées par deux, au titre de l’excuse de minorité prévue par le droit français. Le parquet de Paris doit encore décider des suites à donner et n’a pas souhaité s’exprimer.
Que faire si vos données font partie de ces fuites ?
La première précaution est de se méfier des messages trop bien renseignés. Avec un nom, une adresse et un numéro de téléphone, un escroc peut se faire passer pour France Titres, SFR, votre banque ou un service de livraison de façon très crédible.
- Ne cliquez sur aucun lien reçu par SMS ou e-mail au sujet de votre carte d’identité, de votre permis ou de votre box : passez directement par le site officiel.
- Ne communiquez jamais un code reçu par SMS à un interlocuteur au téléphone, même s’il connaît votre nom.
- Activez la double authentification ou, mieux, une passkey sur vos comptes Google, Microsoft et Apple, pour qu’un mot de passe volé ailleurs ne suffise pas.
- Signalez les tentatives d’hameçonnage sur la plateforme publique Cybermalveillance.gouv.fr.
Ces conseils valent aussi pour les autres fuites françaises récentes, comme le piratage d’Auto-Planning et de ses plaques d’immatriculation. L’enquête sur le piratage ANTS se poursuit de son côté, les acheteurs des données n’ayant toujours pas été identifiés.