Après plusieurs mois de forte hausse en Bourse, l’action Intel a chuté le 30 octobre 2026 d’environ 28% à Wall Street, pour revenir près de 66 dollars. Le fondeur américain avait pourtant publié la veille un troisième trimestre supérieur aux attentes, avec 16,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 21% sur un an. Ce sont ses prévisions pour le quatrième trimestre, nettement inférieures au consensus des analystes, qui ont provoqué ce décrochage.

Un troisième trimestre meilleur que prévu

Sur le papier, la période de juillet à septembre 2026 marque un net redressement pour Intel. Le chiffre d’affaires atteint 16,5 milliards de dollars, contre 13,7 milliards un an plus tôt, et dépasse légèrement le niveau attendu par les marchés.

La rentabilité suit la même pente. Le bénéfice par action ajusté, c’est-à-dire retraité des éléments exceptionnels, s’établit à 0,52 dollar, alors que le consensus tablait sur environ 0,40 dollar. La marge brute ajustée grimpe à 44,1%, contre 40% au troisième trimestre 2025, et l’activité a généré 5,1 milliards de dollars de flux de trésorerie opérationnel.

Ce trimestre s’accompagne aussi de plusieurs annonces stratégiques : une augmentation de capital de 23 milliards de dollars, un projet de rachat de Classiq, spécialiste du logiciel quantique, un partenariat pluriannuel avec Oracle autour des processeurs Xeon et la publication de la version 0.9 du kit de conception du procédé de gravure Intel 14A.

Le data center porte la croissance d’Intel

Le moteur de ces résultats se trouve du côté des serveurs. La division Data Center and AI, qui regroupe les processeurs Xeon et les puces destinées aux centres de données, voit son chiffre d’affaires bondir de 78% pour atteindre 7,3 milliards de dollars. Selon le directeur financier David Zinsner, il s’agit de la plus forte croissance de cette activité depuis quinze ans.

Data center : 7,3 milliards de dollars au troisième trimestre 2026, soit +78% sur un an, la meilleure progression de la division en quinze ans.

Ce dynamisme s’explique par la demande en processeurs centraux (CPU) générée par les infrastructures d’intelligence artificielle. Le PDG Lip-Bu Tan a d’ailleurs indiqué que sa priorité immédiate consistait à augmenter la production de Xeon pour suivre les commandes. L’activité de fonderie, Intel Foundry, progresse elle aussi de 58%, à 6,7 milliards de dollars.

Pourquoi l’action Intel s’effondre-t-elle ?

La sanction boursière tient presque entièrement aux perspectives. Pour le quatrième trimestre 2026, Intel vise un chiffre d’affaires compris entre 15 et 16 milliards de dollars, alors que les analystes attendaient environ 17,1 milliards. Au point médian, l’écart avoisine 9%.

Le décalage est encore plus marqué sur les bénéfices. Le groupe prévoit un bénéfice par action ajusté de 0,25 dollar, quand le marché anticipait environ 0,44 dollar. La marge brute ajustée devrait par ailleurs redescendre autour de 38%, soit six points de moins qu’au trimestre écoulé.

  • Chiffre d’affaires prévu au T4 2026 : 15 à 16 milliards de dollars (consensus : environ 17,1 milliards)
  • Bénéfice par action ajusté prévu : 0,25 dollar (consensus : environ 0,44 dollar)
  • Marge brute ajustée prévue : 38%, contre 44,1% au T3
  • Recul de l’action Intel le 30 octobre 2026 : environ 28%, autour de 66 dollars

Le marché du PC, point faible du groupe

À l’opposé des serveurs, l’activité grand public marque le pas. La division Client Computing and Physical AI, qui regroupe notamment les processeurs pour ordinateurs portables et de bureau, recule de 5% sur un an, à 8,1 milliards de dollars. Elle reste néanmoins la première source de revenus d’Intel.

David Zinsner a prévenu que le ralentissement du marché du PC devrait se prolonger au moins jusqu’au premier semestre 2027. Ce contexte pèse directement sur les perspectives de fin d’année, période habituellement favorable aux ventes d’ordinateurs. Lip-Bu Tan a de son côté assuré que la demande pour les processeurs du groupe restait solide malgré ces difficultés de court terme.

À titre de comparaison, le segment serveurs ne suffit pas encore à compenser ce recul : il pèse moins que l’activité PC dans le chiffre d’affaires, et ses capacités de production restent limitées à court terme.

Les analystes revoient leurs objectifs

Plusieurs banques d’affaires ont ajusté leur position dans la foulée. Bank of America a abaissé sa recommandation de « achat » à « neutre » et ramené son objectif de cours de 145 à 100 dollars, en invoquant les vents contraires du côté des PC et des approvisionnements. Ses estimations de bénéfice par action pour 2027 baissent de 16%.

Citi conserve sa recommandation à l’achat mais abaisse également son objectif à 100 dollars. La banque estime que la suite dépendra de la capacité d’Intel à libérer des capacités de production et à attirer rapidement des clients externes pour sa fonderie. La chute du titre a par ailleurs entraîné dans son sillage d’autres valeurs des semi-conducteurs, dont AMD.

Ce que révèlent les chiffres pour la suite

Ce décrochage intervient après une forte hausse du titre au cours des derniers mois, portée par les espoirs placés dans la stratégie de Lip-Bu Tan et dans le rebond des activités liées à l’IA. Les effectifs du groupe sont passés de 82 300 à 81 100 personnes en un trimestre, dans le prolongement du plan de restructuration lancé en 2025.

Le prochain rendez-vous financier d’Intel sera la publication de ses résultats du quatrième trimestre 2026, attendue début 2027, qui dira si la demande en processeurs pour serveurs parvient à compenser la faiblesse du marché du PC.