Deux jours après des élections de mi-mandat où les électeurs américains ont massivement voté contre l’implantation de centres de données, OpenAI a publié le 5 novembre 2026 un « National Community Compact » encadrant ses futurs data centers. L’entreprise de Sam Altman s’engage à payer la totalité de l’électricité et des infrastructures de ses data centers OpenAI, à publier ses plans de construction et à ne plus faire signer d’accords de confidentialité aux élus locaux.

Le texte arrive dans un climat tendu. Lors du scrutin du 3 novembre, les mesures locales visant à limiter ou à interdire les centres de données ont été approuvées dans 40 consultations sur 41, réparties dans une dizaine d’États. Les marchés ont aussitôt réagi : les valeurs liées aux infrastructures d’IA ont reculé, les investisseurs anticipant un ralentissement des chantiers.

Ce que le pacte change pour les data centers OpenAI

Le document se divise en deux volets. Le premier est une série d’engagements volontaires pour les campus de calcul qu’OpenAI possède et exploite lui-même, un terme que l’entreprise préfère désormais à celui de data center. Le second, baptisé Compute Campus Policy Blueprint, est une proposition de cadre législatif adressée aux élus fédéraux, aux États et aux collectivités.

Côté engagements, la liste est précise :

  • prise en charge de l’intégralité du coût de l’électricité et des infrastructures réseau nécessaires ;
  • garanties financières déposées avant les grosses dépenses, afin que les autres abonnés ne paient pas l’addition si un projet est retardé, réduit ou abandonné ;
  • publication des plans de construction et désignation d’un interlocuteur local, avec un rapport public chaque année ;
  • études acoustiques indépendantes avant la mise en service, puis tous les ans ;
  • publication, site par site, de la consommation d’eau et d’électricité, avec une priorité donnée au refroidissement en circuit fermé, qui recycle l’eau au lieu de l’évaporer ;
  • fin des accords de confidentialité (NDA) avec les responsables publics, sauf pour des clauses étroites touchant à la sécurité ou au secret des affaires.
OpenAI s’engage à payer 100% de l’électricité et des infrastructures de ses futurs campus d’IA, et demande que ces règles soient inscrites dans la loi pour l’ensemble du secteur.

Une réponse au vote du 3 novembre

La facture d’électricité est au cœur de la contestation. Dans plusieurs États, des habitants reprochent aux grands centres de données de faire grimper les tarifs locaux, parce que les compagnies d’électricité répercutent sur tous leurs clients le coût des nouvelles lignes et centrales. En promettant de payer seul ces investissements, OpenAI s’attaque directement à cet argument.

Les accords de confidentialité posent un autre problème. Ces contrats empêchent souvent les élus de parler d’un projet avant sa signature, et nombre de riverains ont découvert l’arrivée d’un campus géant une fois la décision prise. Chris Lehane, responsable des affaires publiques d’OpenAI, a expliqué que le texte était en préparation depuis août et qu’il devait fixer un niveau d’exigence élevé pour tous les laboratoires d’IA.

Ce choix s’explique aussi par la concurrence. À titre de comparaison, xAI fait déjà l’objet de poursuites autour de la pollution de son site de Memphis, comme l’a montré la plainte de la NAACP contre Colossus 2. En se positionnant le premier, OpenAI place Amazon, Microsoft, Google et Meta face à un standard public qu’ils devront suivre ou refuser ouvertement.

Ce que révèlent les projets en Géorgie et dans l’Ohio

Le pacte prolonge des promesses déjà faites en janvier dans le cadre du programme Stargate. Dans le comté d’Effingham, en Géorgie, les habitants ont orienté une subvention de 4,8 millions de dollars vers la gratuité des repas scolaires pour les 14 000 élèves du comté. Dans le comté de Pike, dans l’Ohio, OpenAI et SB Energy (filiale de SoftBank) ont promis 6 millions de dollars pour la garde d’enfants, une demande formulée par les familles.

Le campus d’Effingham sert aussi de vitrine technique. Son accord avec Georgia Power autorise le fournisseur à réduire jusqu’à 1 000 mégawatts la consommation du site lors des pics de demande. Ce mécanisme d’effacement, qui consiste à couper temporairement une partie de la charge pour soulager le réseau, a été étendu à l’échelle nationale avec le programme Grid Protectors lancé le 2 novembre 2026.

Quelles limites pour les data centers OpenAI ?

Le texte ne couvre que les data centers OpenAI détenus et exploités en propre. Une grande partie de la puissance de calcul de l’entreprise est pourtant louée à des partenaires comme Oracle, Microsoft ou CoreWeave, ou développée en coentreprise, et ces capacités ne sont pas concernées. Aucun montant global ni mécanisme de contrôle indépendant n’accompagne non plus ces promesses.

Le pacte vise le marché américain. OpenAI n’a pas indiqué s’il appliquerait les mêmes règles à ses projets hors des États-Unis, et aucun engagement de ce type n’a été communiqué pour la France ou pour l’Europe. La pression sur les capacités de calcul ne faiblit pourtant pas : l’entreprise revendique 1,2 milliard d’utilisateurs hebdomadaires, et le volume de recherche de ChatGPT atteindrait déjà environ 20% de celui de Google selon ses propres chiffres.

La suite se jouera devant les élus des États et du Congrès, à qui OpenAI demande désormais de transformer ces engagements volontaires en obligations légales pour tout le secteur.