La robotique industrielle, nourrie par l’essor de l’intelligence artificielle, est devenue un terrain sensible entre la Chine et les investisseurs étrangers. Le dossier SoftBank ABB Robotics en fait les frais : le groupe suisse ABB a confirmé le 5 novembre 2026 que les autorités chinoises interdisent, pour l’instant, le rachat de sa division robotique par le conglomérat japonais, une opération évaluée à 5,4 milliards de dollars.
Que s’est-il passé exactement ?
Le bureau chinois chargé de l’examen de sécurité des investissements étrangers a notifié à SoftBank que l’acquisition d’ABB Robotics en Chine était interdite en l’état. ABB l’a confirmé dans une déclaration écrite, en précisant que les discussions avec les autorités se poursuivent.
L’information avait d’abord circulé dans la presse financière, qui attribuait la décision à la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC), le puissant organe de planification économique chinois. Ni Pékin ni SoftBank n’ont publié de communiqué détaillant les motifs.
Pourquoi la Chine s’oppose-t-elle au rachat de SoftBank ?
La crainte principale porterait sur les données. D’après les premières informations, le régulateur redoute que les données générées par les robots installés en Chine soient transférées à l’étranger pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle. SoftBank figure parmi les principaux investisseurs d’OpenAI, ce qui renforce cette inquiétude.
Les autorités envisageraient aussi des conditions : céder une partie des activités chinoises d’ABB Robotics à des repreneurs locaux, ou conserver en Chine certains droits de propriété intellectuelle. Ce choix s’inscrit dans une logique plus large de contrôle des technologies sensibles, qui s’est déjà traduite cette semaine par l’abandon du contrat de puces IA entre Oracle et Tencent, cette fois sous la pression de Washington.
Quel était le projet de SoftBank avec ABB Robotics ?
SoftBank avait signé l’accord le 8 octobre 2025, pour une valeur d’entreprise de 5,375 milliards de dollars. ABB renonçait alors à introduire sa division robotique en Bourse et prévoyait de finaliser la vente entre le milieu et la fin de l’année 2026.
La branche compte plus de 7 000 salariés et dispose de sites de production en Chine, aux États-Unis et en Suède. Pour Masayoshi Son, le fondateur de SoftBank, il s’agissait d’une étape vers l’IA physique, c’est-à-dire l’intelligence artificielle appliquée à des machines qui agissent dans le monde réel. Le groupe, qui contrôle déjà le concepteur de puces Arm (dont les résultats trimestriels ont été publiés le 4 novembre), voulait associer ses investissements dans l’IA à du matériel industriel.
Une opération de 5,4 milliards de dollars signée il y a treize mois se retrouve suspendue à un examen de sécurité chinois, alors que la Chine constitue le premier marché de la robotique d’ABB.
Le rachat est-il définitivement enterré ?
Pas nécessairement. L’interdiction est présentée comme valable pour l’instant, et SoftBank cherche à comprendre ce qui a bloqué le dossier et s’il peut le soumettre à nouveau, éventuellement sous une autre structure.
Plusieurs options circulent : exclure les activités chinoises du périmètre, limiter les transferts de données hors de Chine, ou céder certains actifs à des acteurs locaux. Chacune réduirait la valeur de l’ensemble pour SoftBank. Du côté d’ABB, la division robotique reste pour le moment dans le giron du groupe, et les investisseurs attendent de savoir si le projet de séparation par introduction en Bourse refera surface.
Quelles conséquences pour le marché de la robotique ?
Le dossier illustre un point : le prix ne suffit plus à conclure une acquisition dans la robotique industrielle. L’endroit où les données et le savoir-faire finissent par être stockés devient un critère d’autorisation à part entière, en particulier pour les cibles très présentes en Chine.
La prochaine étape du dossier SoftBank ABB Robotics dépendra des discussions en cours avec le régulateur chinois, dont aucune échéance n’a été communiquée.