Depuis le début de l’année, la course aux centres de données d’intelligence artificielle se lit dans les statistiques commerciales de Séoul, premier fournisseur mondial de puces mémoire avec Samsung et SK hynix. Les chiffres d’octobre 2026, publiés le 1er novembre par le ministère sud-coréen du Commerce, de l’Industrie et des Ressources, marquent une nouvelle étape : les exportations de la Corée du Sud ont bondi de 93,7% sur un an, à 115,28 milliards de dollars, dont 56,44 milliards pour les seuls semi-conducteurs.
Le résultat correspond aux attentes des économistes, qui tablaient sur une hausse proche de 93%. Il confirme surtout la dépendance croissante de l’économie sud-coréenne à un seul produit, la puce destinée aux serveurs.
Ce que révèlent les exportations de la Corée du Sud d’octobre
Les semi-conducteurs ont progressé de 259,4% sur un an et pèsent à eux seuls environ 49% des exportations du mois. C’est le deuxième mois consécutif au-dessus de 50 milliards de dollars, même si le niveau reste inférieur au record de septembre, proche de 60,3 milliards.
En octobre 2026, près d’un dollar sur deux gagné par la Corée du Sud à l’exportation provenait de la vente de semi-conducteurs, soit 56,44 milliards de dollars sur 115,28 milliards.
La hausse ne se limite pas aux composants. Les exportations d’ordinateurs ont été multipliées par près de six (+496,6%), tirées par les serveurs et les SSD, ces unités de stockage à mémoire flash qui équipent les baies des centres de données. Le ministère relie directement cette dynamique à la poursuite des investissements des grands groupes technologiques dans l’IA.
Un effet de calendrier gonfle en partie la comparaison. Le déplacement des congés de Chuseok, la grande fête des récoltes coréenne, a donné à octobre 2026 davantage de jours ouvrés qu’octobre 2025, ce qui mécaniquement augmente les volumes expédiés.
La Chine et les États-Unis en tête des acheteurs
La répartition géographique montre que la demande vient des deux côtés du Pacifique. Les ventes vers la Chine ont progressé de 133,6%, à près de 27 milliards de dollars, et celles vers les États-Unis de 185,8%, à 24,9 milliards. À titre de comparaison, l’Union européenne reste un débouché plus modeste, avec environ 8,1 milliards de dollars et une hausse de 56,4%.
Les importations ont, elles aussi, augmenté, de 36% à 72,78 milliards de dollars, sous l’effet notamment de la facture énergétique. L’excédent commercial atteint 42,5 milliards de dollars, en léger repli par rapport à septembre (près de 50 milliards) mais toujours au-dessus de 40 milliards pour le deuxième mois d’affilée.
Sur les dix premiers mois de l’année, les exportations de la Corée du Sud cumulent 930 milliards de dollars. Le ministre du Commerce, Kim Jung-kwan, estime que le seuil symbolique de 1 000 milliards sur une année civile pourrait être franchi dès novembre si le rythme se maintient.
Ce que cela change pour les PC et les smartphones
Cette envolée a un revers pour le grand public. Les capacités de production de Samsung et SK hynix sont en grande partie absorbées par la mémoire à haut débit et les modules pour serveurs, au détriment des barrettes et des puces destinées aux ordinateurs et aux smartphones. Le phénomène nourrit depuis plusieurs mois les tensions sur les prix de la mémoire vive, un sujet relancé fin octobre par les propos de Sam Altman sur la RAM des PC.
Le mouvement avait déjà poussé Micron, fin 2025, à retirer sa marque Crucial du marché grand public pour se concentrer sur les clients professionnels. Les chiffres sud-coréens d’octobre ne détaillent pas la part liée à la hausse des prix et celle liée aux volumes, une distinction que les économistes surveillent pour évaluer la solidité de la tendance.
Une croissance suspendue aux budgets de l’IA
La concentration des exportations sur un seul secteur fragilise aussi l’économie coréenne. Le 27 octobre 2026, la Banque de Corée a présenté un scénario dans lequel un ralentissement des dépenses des géants américains dans l’IA réduirait nettement les ventes de puces du pays en 2027.
Ce scénario prend un relief particulier alors que les marchés s’interrogent sur la rentabilité de ces investissements, comme l’ont montré la chute du Nasdaq de fin octobre et la révision de l’objectif de levée de fonds d’OpenAI. Le ministère cite par ailleurs le protectionnisme commercial, la recomposition des chaînes d’approvisionnement et les incertitudes au Moyen-Orient parmi les risques à surveiller.
Les chiffres préliminaires des exportations de la Corée du Sud pour novembre, qui diront si le cap des 1 000 milliards de dollars est atteint, sont attendus début décembre 2026.