Une semaine après avoir déposé son dossier d’introduction en Bourse, Anthropic a publié le 2 novembre 2026 un prospectus amendé auprès de la SEC, le gendarme boursier américain. Le chiffre d’affaires d’Anthropic atteint 16,96 milliards de dollars au troisième trimestre 2026, contre 1,4 milliard un an plus tôt, mais l’éditeur de Claude repasse dans le rouge au niveau opérationnel.

Le document initial, déposé le 26 octobre 2026, s’arrêtait au premier semestre. Les investisseurs attendaient donc ces chiffres de l’été pour mesurer la trajectoire d’une entreprise qui prépare l’une des plus grosses cotations de l’histoire du Nasdaq, sous le symbole ANT. Le résultat dessine deux tendances qui coexistent : une activité qui continue de grimper très vite et une structure de coûts qui s’alourdit au même rythme.

Un chiffre d’affaires d’Anthropic toujours en forte hausse, mais qui ralentit

Entre juillet et septembre 2026, le chiffre d’affaires d’Anthropic s’est élevé à 16,96 milliards de dollars, contre 11,56 milliards au deuxième trimestre. La hausse séquentielle ressort à environ 47%, un rythme très élevé pour une entreprise de cette taille, mais nettement inférieur aux quelque 144% enregistrés entre le premier et le deuxième trimestre.

Sur un an, le chiffre d’affaires d’Anthropic sur un trimestre a été multiplié par douze, passant de 1,4 milliard de dollars au troisième trimestre 2025 à près de 17 milliards au troisième trimestre 2026.

Sur les neuf premiers mois de l’année, les revenus cumulés atteignent 33,24 milliards de dollars. Le prospectus précise par ailleurs qu’environ 600 millions de dollars ont été retranchés du chiffre d’affaires du trimestre, en raison des baisses de prix accordées sur les nouvelles versions des modèles et de remises contractuelles. Ce détail montre que la guerre des tarifs entre fournisseurs de modèles d’IA commence à se lire dans les comptes.

À titre de comparaison, OpenAI vient de revoir à la baisse ses ambitions de financement, comme le montre la réduction de l’objectif de sa levée de fonds à 20 milliards de dollars. Les deux rivaux se disputent les mêmes clients professionnels, notamment sur le terrain des agents de programmation.

Pourquoi Anthropic perd de l’argent au troisième trimestre

Les charges d’exploitation d’Anthropic ont bondi à 17,5 milliards de dollars, contre 10,6 milliards au trimestre précédent. Elles dépassent désormais légèrement le chiffre d’affaires d’Anthropic, d’où une perte opérationnelle de 567 millions de dollars, alors que le deuxième trimestre s’était soldé par un bénéfice opérationnel de 974 millions.

L’entreprise attribue cet écart avant tout à la puissance de calcul louée à court terme. Faute de capacités suffisantes dans ses contrats pluriannuels, elle a dû acheter des ressources sur le marché ponctuel, à un tarif qu’elle décrit comme sensiblement plus élevé. S’y ajoutent environ 2 milliards de dollars de charges sans effet sur la trésorerie, liées à un programme qui abonde les dons caritatifs de ses salariés.

Hors rémunérations en actions et hors ces charges caritatives, l’activité reste bénéficiaire. La marge opérationnelle ajustée recule toutefois à 15%, contre 19% au deuxième trimestre.

Une perte nette de 23 milliards, surtout comptable

Le chiffre le plus frappant du document est la perte nette de 23,29 milliards de dollars sur le trimestre. Il s’explique surtout par une écriture comptable : Anthropic a émis des obligations convertibles, c’est-à-dire des titres de dette qui pourront être échangés contre des actions, et la hausse de sa valorisation augmente mécaniquement la valeur de cette dette dans les comptes.

Ce même mécanisme avait déjà produit une perte nette de 66,3 milliards de dollars au deuxième trimestre. Sur neuf mois, la perte nette cumulée approche ainsi 104 milliards de dollars, un montant sans rapport direct avec la consommation de trésorerie de l’entreprise.

895 milliards de dollars d’engagements dans le calcul

Le prospectus chiffre à 895,4 milliards de dollars les engagements d’achat déjà signés par Anthropic, principalement pour des capacités de calcul et des infrastructures auprès de partenaires comme Amazon et Google. Ce volume illustre l’ampleur des investissements que réclame l’entraînement des modèles de la famille Claude, dont la dernière génération, Opus 5.5, équipe aussi l’assistant de programmation Claude Code, récemment doté d’une règle qui refuse de recopier des jeux vidéo existants.

Ces contrats profitent directement aux grands clouds américains. Amazon, actionnaire historique d’Anthropic, a d’ailleurs publié un trimestre où AWS progresse de 39%, porté par la demande en IA. Face à ces engagements, Anthropic disposait au 30 septembre 2026 de 146,6 milliards de dollars de liquidités, en comptant sa trésorerie, ses placements à court terme et une ligne de crédit disponible.

Quand Anthropic entrera-t-il en Bourse ?

Aucune date n’est encore fixée. Anthropic prévoit de coter ses actions de classe A sur le Nasdaq Global Select Market sous le symbole ANT, avec Goldman Sachs et Morgan Stanley à la tête du syndicat bancaire. La fourchette de prix, qui précède habituellement la tournée de présentation aux investisseurs, n’a pas encore été publiée.

Selon plusieurs informations parues depuis le dépôt du dossier, une partie des investisseurs évaluerait désormais l’entreprise autour de 1 500 milliards de dollars, contre environ 2 000 milliards évoqués auparavant. L’action sera libellée en dollars et cotée uniquement aux États-Unis. La prochaine étape attendue est la publication de la fourchette de prix dans une nouvelle version du prospectus.